La cour d'appel du sixième circuit des États-Unis a donné raison à l'Ohio et au Tennessee dans leur long différend avec la plateforme de marchés de prédiction Kalshi. Trois juges ont estimé à l'unanimité que les contrats sur événements sportifs proposés par l'entreprise ne constituent pas des swaps au sens de la loi fédérale sur les marchés de matières premières — ce qui signifie que son enregistrement auprès de la CFTC ne lui permet pas d'ignorer les lois des États sur les jeux d'argent.
Pour l'Ohio, l'État peut continuer à restreindre les contrats sportifs de Kalshi : la cour a confirmé le rejet de l'injonction préliminaire que l'entreprise réclamait. Le verdict est plus douloureux pour le Tennessee, où la cour d'appel a annulé une injonction que Kalshi avait déjà obtenue et renvoyé l'affaire devant le tribunal de district, ouvrant la voie aux régulateurs locaux.
La juge Julia Smith Gibbons a résumé le problème avec une pointe d'ironie : un marché n'a aucune raison de connaître la probabilité qu'un commentateur prononce un mot au hasard à l'antenne — pourtant, ce type de contrat fait partie de l'offre de Kalshi. Un swap, selon la cour, doit reposer sur les conséquences financières directes d'un événement, pas sur un effet secondaire touchant annonceurs et sponsors. Les juges ont ajouté que même si ces contrats étaient des swaps, cela ne retirerait pas aux États leur pouvoir de réguler les jeux d'argent sur leur territoire.
Depuis des années, Kalshi bâtit son modèle sur l'idée que son enregistrement fédéral auprès de la CFTC la dispense d'obtenir une licence dans chaque État — c'était censé être son avantage face aux bookmakers traditionnels. Cette logique se fissure : le troisième circuit a soutenu l'entreprise contre le New Jersey en avril, le neuvième circuit s'est rangé du côté du Nevada en août, et voici maintenant le sixième circuit qui tranche contre Kalshi pour l'Ohio et le Tennessee. Une affaire concernant le Maryland attend une décision du quatrième circuit, et la procureure générale du New Jersey a déjà demandé le 2 septembre à la Cour suprême de revoir la décision précédente.
La porte-parole de Kalshi, Dani Lever, maintient que la loi n'exige pas qu'un swap ait des conséquences financières « intrinsèques » — mais avec un fossé grandissant entre les circuits, cet argument devient difficile à défendre en dehors des juristes de l'entreprise elle-même. Tôt ou tard, la question de ce que sont vraiment les marchés de prédiction atterrira devant la Cour suprême. Reste à savoir combien d'États Kalshi perdra encore d'ici là.



