Balancer fait partie du paysage de la DeFi depuis 2020, à une époque où les teneurs de marché automatiques cherchaient encore à prouver qu'on pouvait échanger sans banques ni courtiers. Le protocole tire désormais sa révérence : son conseil de trésorerie a publié une proposition de gouvernance visant à cesser les opérations de manière ordonnée et à reverser ce qu'il reste de trésorerie aux détenteurs de BAL.
La cause est simple, quoique douloureuse. En novembre 2025, des attaquants ont siphonné près de 128 millions de dollars des pools stables composables de Balancer v2, sur plusieurs chaînes à la fois. Balancer Labs, la société derrière le protocole, a cessé ses activités dès mars. En avril, les détenteurs de tokens ont approuvé un plan de restructuration axé sur le retour à la rentabilité : coûts réduits, émission stoppée, tokenomics simplifiée, et espoirs placés dans la nouvelle architecture v3.
Le plan a fonctionné sur le papier, pas sur les revenus. Les revenus mensuels du protocole sont passés de 1,13 million de dollars en octobre 2025 à 371 000 dollars le mois suivant, puis à seulement 56 781 dollars en août 2026. Marcus Hardt, ex-PDG de Balancer Labs et auteur de la proposition de liquidation, résume sans détour : « Le produit fonctionnait. Il ne s'est simplement pas assez vendu. » Selon lui, l'ombre du piratage a poursuivi le protocole dans chaque discussion avec des partenaires potentiels, et il admet avoir sous-estimé à quel point cela freinerait toute reprise.
Si la proposition passe le vote Snapshot prévu du 25 au 29 septembre, les pools de Balancer basculeront en mode retrait uniquement dès le 30 octobre, avec une infrastructure minimale maintenue à partir du 1er novembre pour permettre les sorties. Les détenteurs de BAL pourront réclamer leur part de la trésorerie — un peu plus de 9 millions de dollars actuellement — dès mai 2027, en brûlant leurs tokens contre une part proportionnelle des actifs restants. Le rachat de BAL précédemment approuvé est annulé.
L'histoire de Balancer vaut aussi comme avertissement pour le reste de la DeFi : survivre techniquement à un piratage ne garantit pas de survivre commercialement. Un seul piratage majeur peut effacer des années de confiance, même quand un protocole rembourse une partie du butin et tente de tout reconstruire.



