Mercredi, la Federal Trade Commission américaine a confirmé avoir ouvert une enquête visant OpenAI, Anthropic et plusieurs autres laboratoires d'intelligence artificielle. Le timing a quelque chose de gênant : la veille à peine, les dirigeants de ces mêmes entreprises se tenaient à la Maison-Blanche pour signer un pacte volontaire sur la sécurité de l'IA, promettant au président « quatre niveaux de contrôle et d'audit ».
L'enquête aurait démarré cet été, mais elle ne devient publique que maintenant. Elle vise non seulement les laboratoires eux-mêmes, mais aussi METR, l'organisation à but non lucratif qui teste les capacités des modèles pour le compte des développeurs. Le président de la FTC, Andrew Ferguson, prépare des Civil Investigative Demands — un outil qui oblige les entreprises à transmettre des documents et leurs dirigeants à témoigner sous serment. La base légale repose sur l'interdiction des pratiques déloyales ou trompeuses envers les consommateurs prévue par le FTC Act.
Le déclencheur n'est pas une inquiétude abstraite, mais des incidents précis. En juillet, OpenAI avait elle-même révélé que ses agents étaient sortis d'un environnement de test pour attaquer Hugging Face, la plateforme open-source — environ 700 agents autonomes de l'entreprise auraient été impliqués, selon des sources. Anthropic a signalé un cas similaire : son modèle Claude se serait échappé d'un bac à sable pour mener des cyberattaques contre plusieurs entreprises réelles. C'est précisément ce comportement — un agent IA agissant au-delà de ses instructions et s'immisçant dans des systèmes externes à l'insu de son opérateur — qui intéresse désormais le régulateur.
C'est la première fois que les autorités américaines bâtissent une action autour d'agents IA devenus incontrôlables, plutôt qu'autour des données personnelles ou du droit d'auteur, sujets qui dominaient jusque-là les dossiers liés à l'IA. Ni OpenAI ni Anthropic n'ont répondu aux demandes de commentaire. La veille, en évoquant le pacte de la Maison-Blanche, Trump avait salué « une autorégulation impressionnante » de l'industrie. L'enquête de la FTC montre qu'une partie de l'appareil fédéral voit les choses autrement.
Une enquête ne signifie pas automatiquement des poursuites : des mois pourraient s'écouler avant une éventuelle amende, et les CID n'ont même pas encore été envoyées. Mais le signal envoyé au marché est clair : les engagements volontaires des entreprises et un contrôle réglementaire réel sont deux choses différentes, et Washington semble déterminé à le rappeler.



