En Chine, le bitcoin est hors-la-loi depuis cinq ans : l'achat, la vente et le minage sont interdits depuis 2021. Mais Pékin n'a pas renoncé à la technologie elle-même, il veut simplement la mettre au service de l'État. Le 9 octobre, le Comité central du Parti communiste et le Conseil des affaires d'État ont publié via l'agence Xinhua le plan économique du pays pour 2026-2030, qui contient une consigne explicite : construire un réseau blockchain national.
Le document énumère 19 mesures. À côté du réseau blockchain figure un réseau de calcul unifié censé relier les capacités du pays selon le principe « données de l'est, calcul de l'ouest », en déplaçant la charge de traitement des zones côtières saturées vers des capacités moins chères à l'intérieur du pays. Plusieurs clauses portent sur les droits liés aux données : Pékin veut clarifier qui possède l'information, permettre qu'elle soit échangée comme un actif et lancer des projets pilotes de partage transfrontalier.
Le bitcoin et les autres cryptomonnaies n'apparaissent nulle part dans le texte, et ce n'est pas un oubli. L'interdiction du trading et du minage reste intacte. Le nouveau réseau est conçu pour autre chose : suivre les chaînes d'approvisionnement, vérifier les crédits carbone, stocker les données gouvernementales et faire fonctionner des contrats intelligents judiciaires. La blockchain y est un outil de contrôle et de comptabilité, pas un terrain de spéculation.
Pendant ce temps, un autre pan de l'infrastructure numérique chinoise continue de s'étendre : à la mi-août, 30 banques étaient déjà habilitées à traiter le yuan numérique, dont huit ajoutées récemment. Associé au plan blockchain, cela dessine le portrait d'un État qui construit sa propre économie numérique, entièrement sous son contrôle, à l'écart des réseaux ouverts et décentralisés dont dépend le reste du marché crypto.
Des frictions extérieures se profilent aussi : le département de la Justice américain a classé la Chine parmi les « pays préoccupants » en matière de sécurité des données, ce qui pourrait compliquer les flux transfrontaliers avec les entreprises américaines. Le plan lui-même met en garde les responsables contre le gonflement de bulles économiques, une prudence qui ressemble à une réponse directe aux excès numériques du passé.



