Le Salvador a acheté plus de bitcoin que son accord avec le FMI ne l'autorisait — et a quand même touché son argent. Le 1er octobre, le Fonds a bouclé la deuxième et la troisième revue de son programme de financement élargi de 1,4 milliard de dollars et versé 101,96 millions de DTS au pays, soit environ 138 millions de dollars. Le pays avait techniquement enfreint l'une des conditions centrales de l'accord : le plafond d'achat public de bitcoin. Plutôt que de geler le versement, le conseil d'administration du FMI a choisi de pardonner l'écart.
L'explication de San Salvador est simple : les nouvelles pièces ne viennent pas du Trésor, mais de dons privés. Le Fonds a accepté cette version, même s'il avait auparavant signalé une confusion entre les chiffres publiés par le gouvernement et ce que montrait la blockchain. En guise de garantie, Chivo — le portefeuille bitcoin de l'État — a cédé le contrôle majoritaire et la gestion quotidienne à un opérateur privé, l'État ne conservant qu'une part minoritaire.
C'est un moment gênant pour le FMI. Pendant des années, l'institution a exigé des pays qu'ils se tiennent à l'écart des cryptomonnaies, et c'est justement sous sa pression qu'en 2025 le Salvador avait retiré au bitcoin son statut de monnaie légale obligatoire — le prix à payer pour débloquer ce même prêt de 1,4 milliard. Aujourd'hui, au lieu d'un refus net, le Fonds tolère pour la première fois de son histoire qu'un gouvernement souverain conserve du bitcoin, qualifiant cela de risque gérable plutôt que de motif de rupture.
Le sous-directeur général Dan Katz a prévenu que la patience a des limites : l'exposition publique restante doit être « totalement démantelée », et la supervision renforcée. Pour l'instant, l'argument des dons privés fait office de faille qui permet au président Nayib Bukele de continuer à accumuler du bitcoin sans violer la lettre de l'accord. L'économie, elle, paraît plus solide : le FMI a relevé sa prévision de croissance 2026 à 4,5 %, contre 3,9 %, avec des réserves attendues à 5,35 milliards de dollars.
C'est la première fois que le FMI ferme officiellement les yeux sur l'accumulation de cryptomonnaies par un État. Le précédent reste fragile : si la faille des « dons » fonctionne une fois, elle peut être réutilisée — ce qui veut dire que toute future clause crypto dans un accord du FMI vaudra exactement ce que l'emprunteur parviendra à démontrer.



