Devant l'usine Micron de Taoyuan, jeudi matin, ce n'étaient pas des agents de sécurité qui bloquaient l'entrée, mais onze représentants syndicaux. C'est ainsi qu'a débuté ce que la presse locale appelle déjà la première grève de l'histoire de l'industrie des puces à Taïwan: un arrêt d'avertissement de 24 heures, et non un blocage total de la production.
Le syndicat, qui représente environ 2 335 salariés — près de 70% des effectifs du site —, ne réclame pas une prime isolée. Il veut une règle permanente: que 15% du résultat opérationnel de Micron alimente, chaque trimestre, un fonds de primes pour les employés. Les négociations ont échoué mercredi, la direction ayant proposé des versements ponctuels plutôt qu'un chiffre fixe.
Le timing n'est pas anodin. Les usines taïwanaises assurent plus de 60% de la production mondiale de Micron, dont les puces de mémoire HBM qui alimentent les accélérateurs IA de Nvidia. Le boom de l'intelligence artificielle a propulsé les profits du groupe à des niveaux records, que peu de salariés retrouvent sur leur fiche de paie.
À quelques heures de route, le syndicat de l'usine Micron de Taichung a conclu son propre accord le même jour et annulé la grève qu'il préparait; les termes n'ont pas encore été rendus publics. De l'autre côté du détroit, Samsung et SK Hynix indexent déjà leurs primes sur les profits, et leurs salariés ont exprimé des griefs similaires face à la hausse des ventes de mémoire tirée par l'IA.
Micron s'est contenté d'espérer que le dialogue se poursuive. La grève n'a quasiment pas touché la production, mais sur une île dont l'économie repose sur les exportations de puces, le symbole pèse plus que l'interruption d'une journée: les profits du boom de l'IA deviennent un terrain de négociation, pas seulement une ligne dans un bilan.


