La Commodity Futures Trading Commission (CFTC) a tranché : parier sur l'issue d'une élection ou sur qui soulèvera un trophée équivaut, juridiquement, à peu près à parier sur le prix du pétrole. Le 9 octobre, l'agence a publié une règle finale provisoire entrée en vigueur immédiatement, accompagnée d'une proposition destinée à la rendre permanente : les contrats liés à des résultats sportifs, politiques, culturels ou météorologiques sont désormais classés comme des swaps, des produits dérivés financiers sous supervision fédérale. Les jeux de casino restent à part, dans leur propre catégorie.
Derrière cette formulation austère se cache une bataille vieille de plusieurs années sur l'avenir de Kalshi et Polymarket, des plateformes qui font transiter des milliards de dollars de paris sur des événements réels. Les États et les régulateurs tribaux soutiennent qu'il s'agit de jeux d'argent classiques et que, puisqu'ils délivrent les licences de casino, ils devraient pouvoir les interdire ou les taxer. La CFTC réplique que ce sont des instruments cotés en bourse, donc seul le gouvernement fédéral peut les réguler, la loi des États ne s'appliquant pas.
La nouvelle règle vise un objectif concret : renforcer la position de la CFTC devant les tribunaux, où le litige a déjà atteint les cours d'appel avec des décisions contradictoires — certaines en faveur des États, d'autres de la commission. Détail curieux : la décision a été signée dans les faits par le seul commissaire encore en poste, le président Mike Selig, les autres sièges étant vacants depuis des mois. Le projet a été envoyé à la Maison Blanche pour examen moins de deux semaines plus tôt et a été approuvé avec une rapidité inhabituelle, un signal selon l'industrie que Washington veut trancher la question de compétence avant que les tribunaux ne le fassent à sa place.
Les analystes doutent toutefois qu'un seul texte règle le différend. Plusieurs y voient davantage un argument pour la prochaine manche judiciaire qu'une victoire définitive, et l'affaire semble de plus en plus destinée à la Cour suprême. États, places de marché et bookmakers devraient se presser durant les 30 jours de consultation publique, l'enjeu pour chacun équivalant désormais à la taille de tout le marché américain des paris sur événements.



