Joe Lubin démantèle l'entreprise qu'il a lui-même bâtie. Consensys, cofondée avec Vitalik Buterin en 2014, a annoncé sa scission en deux entités indépendantes. Le portefeuille MetaMask, utilisé par plus de 100 millions de personnes dans près de 190 pays, devient une société à part entière. Tout ce qui touche à l'infrastructure Ethereum — le réseau Linea, les clients Besu et Teku, les logiciels institutionnels — reste sous le nom Consensys.
Lubin dirigera le nouveau MetaMask en tant que président et directeur général. Le volet institutionnel revient à Mike Kriak comme CEO, avec David Cunningham comme président ; Lubin conserve également un poste de président exécutif dans cette entité.
La logique de la scission est simple : le portefeuille croissait plus vite que le reste de l'entreprise. Ces derniers mois, MetaMask a lancé une carte de débit avec Mastercard, un compte d'épargne offrant jusqu'à 4% d'intérêt annuel sur son stablecoin mUSD, des contrats à terme perpétuels et des marchés de prédiction. Ce qui n'était qu'une extension de navigateur ressemble désormais à une banque crypto, un produit à l'étroit dans une société d'infrastructure conçue pour une tout autre clientèle.
Lubin l'a dit sans détour : « Nous voyons une opportunité immense devant nous, MetaMask arrive vraiment à maturité. » L'entreprise a toutefois esquivé les questions sur une éventuelle introduction en bourse ou un jeton propre, une piste évoquée par le passé. Selon Lubin, le climat réglementaire actuel aux États-Unis dissuade plutôt les entreprises d'émettre des jetons qu'il ne les y encourage.
La séparation juridique devrait s'achever fin 2026, même si les deux structures fonctionnent déjà de manière indépendante. Pour le marché, c'est un signal de plus : les grands acteurs crypto se préparent à un examen plus rigoureux de la part des investisseurs et des régulateurs, et séparer les comptes grand public et institutionnels facilite une future entrée en bourse, même si personne ne le dit encore ouvertement.



